Gouvernance de l'IA : le Sud global peut-il écrire les règles ?
Données, usages, talents : les pays en développement ont des cartes en main. Encore faut-il les jouer.
Les meilleurs modèles d'IA, y compris les plus chers, restent nettement moins bons dans presque toutes les langues africaines qu'en anglais, selon le banc d'essai AfroBench, qui en couvre 641. On y lit d'habitude un retard du Sud. SouthwardTech y lit l'inverse : les modèles ont besoin de ce que ces pays détiennent, à commencer par leurs langues et leurs données1.
Pourquoi c'est important : les règles mondiales de l'IA ne sont pas encore fixées. L'Europe a son règlement, la Chine construit sa propre organisation internationale, et les pays du Sud décident en ce moment à quelle table s'asseoir.
Ce qu'ils disent : pour Danil Kerimi, conseiller principal de l'envoyé de l'ONU pour les technologies, les pays en développement ne subiront pas seulement l'IA : « nos choix façonneront les systèmes d'IA à venir »1.
- John Higgins, président de l'International AI Governance Association, ne croit pas à un régime mondial unique. Il prévoit des approches différentes, rendues compatibles par des normes communes1.
- Selon SouthwardTech, c'est là que se joue l'influence : dans les comités techniques de normalisation, une petite délégation avec une proposition solide peut peser plus que son PIB1.
Trois cartes en main
Ce que le Sud global apporte à l'IA, à travers trois exemples africains.
Source : SouthwardTech, 30 juillet 2026, d'après Masakhane, Lelapa AI et Deep Learning Indaba.
L'offre chinoise : en juillet, 29 pays ont signé à Shanghai l'accord fondateur de l'Organisation mondiale de coopération en IA (WAICO), voulue par Pékin2. La Chine y a annoncé 5 000 places de formation en IA sur cinq ans pour les pays en développement1.
Le club chinois grandit vite
Nombre de pays membres de la WAICO.
Sources : The Next Web ; Bruegel, 20 octobre 2026.
Entre les lignes : selon SouthwardTech, l'offre chinoise se compte en places de formation, pas en chercheurs associés. Les compétences descendent vers les pays partenaires ; rien ne garantit qu'ils co-écrivent les règles1.
- Le centre de réflexion bruxellois Bruegel conseille à l'Europe de participer aux forums lancés par la Chine, y compris la WAICO, sans en adopter le modèle3.
Côté francophone : six pays (Burkina Faso, Sénégal, Côte d'Ivoire, Mali, Guinée et Bénin) ont présenté en juillet, au premier Dialogue mondial de l'ONU sur la gouvernance de l'IA, des lignes directrices communes pour une IA éthique. Elles ne sont pas contraignantes4.
Oui, mais : avoir des cartes ne suffit pas. « Les infrastructures elles-mêmes sont un obstacle », rappelle John Higgins1.
- L'annotation de données reste souvent mal payée, les meilleurs talents partent à l'étranger, et la valeur des données multilingues revient surtout aux propriétaires des modèles1.
- Selon SouthwardTech, une poignée de chercheurs se retrouve derrière la plupart des exemples africains cités, ce qui fragilise les conclusions à l'échelle d'un continent1.
Et maintenant : la Banque mondiale prépare des « pactes numériques et IA » pays par pays. Le Pakistan dit vouloir être le premier à signer5.
Sources
- SouthwardTech, Reid Xiong, « Recipients or shapers? What the global south brings to the AI governance table », 30 juillet 2026 (entretiens avec Danil Kerimi et John Higgins) — southwardtech.com
- The Next Web, fondation de la WAICO à Shanghai, juillet 2026 — thenextweb.com
- Bruegel, Alicia García-Herrero et Théo Storella, 20 octobre 2026 — bruegel.org
- SenePlus, « Intelligence artificielle en Afrique francophone, un cadre commun en quête d'application », 10 octobre 2026 — seneplus.com
- SouthwardTech, « Pakistan says it will be first to sign World Bank Digital and AI Compact », 21 octobre 2026 — southwardtech.com